Les 10 meilleurs films de 2018 à voir absolument

Les 10 meilleurs films de 2018

2018 fut une grosse année cinéma. Des sorties de cinéastes connus et majeurs (bonjour Paul Schrader, Lars von Trier et Claire Denis), mais aussi beaucoup de bons films de jeunes recrues (Ari Aster, Bo Burnham et Coralie Fargeat). Je n’ai eu le temps de voir que 47 films de cette année – je regrette déjà de ne pas voir pris le temps de regarder Winter Brothers, Chien de garde, Support the Girls et Loveless. Voici donc mon top (subjectif) des 10 meilleurs films de l’année à voir absolument (avec quelques *bonus* en fin d’article)!

If Beale Street Could Talk – Barry Jenkins

10 ★ If Beale Street Could Talk – Barry Jenkins

(119 minutes – États-Unis)

Tish, 19 ans et Fonny, 22 ans sont en amour. Ce n’est qu’après être faussement accusé de viol et mis derrière les barreaux que ce dernier apprendra que Tish est enceinte. Tout comme avec Moonlight (mon film préféré de 2016), Barry Jenkins réussit à créer une œuvre unique, sensible et esthétique avec très peu de défauts. J’ai rarement vu quelqu’un filmer de simples regards à la caméra – où le temps s’arrête – avec autant d’amour, de sincérité et de tendresse. Tout ça, avec la poignante musique de Nicholas Britell qui nous transporte ailleurs et ne peut que nous émouvoir. Bien que la narration soit parfois un peu lourde et littéraire (le film est tiré du fameux roman de James Baldwin), on pardonne rapidement grâce à l’ingéniosité avec laquelle l’histoire est racontée, mélangeant passé et présent, passant de la naissance de l’amour des deux personnages principaux à cette lutte difficile afin de sortir Fonny de prison. If Beale Street Could Talk est une magnifique ode à l’amour et à la famille, marquante et émouvante.


Una Mujer Fantástica – Sebastián Lelio

9 ★ Una mujer fantástica – Sebastián Lelio

(104 minutes – Chili, Allemagne, Espagne, États-Unis)

Sebastián Lelio est un réalisateur relativement nouveau dans le paysage cinématographique chilien. Pourtant, il nous a offert non pas un, mais deux magnifiques films cette année. Disobedience (un bon film sur l’amour interdit entre deux femmes de la communauté juive orthodoxe) et celui qui se retrouve en place 9 de mon top: Una mujer fantástica. Un film bouleversant, beau et laid, doux et violent, sur Marina (fantastique Daniela Vega), femme trans qui, du jour au lendemain, perd son amant lors d’un triste incident. C’est à ce moment que les choses basculent: la famille du défunt se met à se méfier d’elle, allant même jusqu’à lui interdire d’assister aux funérailles – tout cela à cause de sa relation non conventionnelle. Ce film, que tout le monde devrait voir pour bien comprendre ce que vivent les trans sur une base régulière, est malgré tout rempli de moments magnifiques, sensibles et magiques, et quand même d’un peu d’espoir. Apportez vos mouchoirs: c’est au générique, jumelé à l’émouvante pièce Time de The Alan Parsons Project (ou même après) que couleront vos larmes, car ce n’est probablement qu’après avoir tout absorbé et digéré que ce film vous atteindra le plus, directement au cœur.


Burning – Chang-Dong Lee

8 ★ Burning – Chang-Dong Lee

(148 minutes – Corée du Sud)

J’ai rarement vu un film aussi mystérieux. Un peu à la manière de Mulholland Dr. de Lynch, mais en un peu moins weird. Lorsque Jong-su (fascinant Ah-in Yoo), rencontre une ancienne connaissance par hasard, Hae-mi (fantastique Jong-seo Jun), et que cette dernière disparaît mystérieusement, il ne peut s’empêcher de soupçonner le nouvel ami de Hae-mi, le mystérieux Ben (troublant Steven Yeun). Ce thriller de 2 heures 28 minutes est fascinant, énigmatique et brillamment réalisé. Burning nous amène graduellement vers une conclusion jouissive qui donne froid dans le dos, emboitant les pièces du puzzle une par une dans notre esprit plutôt que directement à l’écran. Je vous garantis que ce film vous marquera longtemps après son visionnement, car son mystère ne sera jamais totalement résolu.


The Favourite – Yorgos Lanthimos

7 ★ The Favourite – Yorgos Lanthimos

(119 minutes – Irlande,  Royaume-Uni, États-Unis)

Sentez-vous une récurrence dans mes top 10? Eh oui, encore un film du réalisateur grec Yorgos Lanthimos. Bien que j’aie adoré The Lobster (voir top 2015) et The Killing of a Sacred Deer (voir top 2017), je crois que The Favourite est justement mon préféré (désolé à Dogtooth, que je n’ai toujours pas vu). Olivia Colman, Emma Stone et Rachel Weisz sont toutes les trois géniales dans ce drame franchement hilarant se passant au 18e siècle en Angleterre. Lorsqu’une nouvelle servante arrive au château et essaie de prendre la place de Lady Sarah, la femme qui gouverne à la place de la Reine Anne (malade et frêle), la jalousie est plus qu’au rendez-vous. Si les deux films précédents de Lanthimos – méga sombres – affichaient une pointe d’humour, ce nouvel opus fait beaucoup, beaucoup rire, et c’est tant mieux. Les superbes décors et costumes sont capturés de façon originale et magnifique par Robbie Ryan (American Honey); ce dernier a même parfois eu recours à une lentille fisheye(!) pour certains plans. Fait intéressant: c’est le premier film que Lanthimos n’a pas écrit lui-même.


Climax – Gaspar Noé

6 ★ Climax – Gaspar Noé

(95 minutes – France, Belgique, États-Unis)

Désolé Gaspar, je ne fais pas partie de ceux qui ont louangé ton précédent film, Love, un opus sexuel et pseudo-romantique malaisant. Par contre, avec Climax, Gaspar revient en force. En immense force dirais-je même – une force explosive, déchaînée, viscérale et brutale. Une fête de chalet, entre danseurs, vire au cauchemar lorsqu’on se rend compte que quelqu’un a drogué la sangria. Un huis clos infernal presque en plan-séquence, où la caméra, comme toujours avec Noé, se promène partout et dans tous les sens jusqu’à donner le vertige. Tout ça, avec une bande sonore de feu qui n’arrête jamais. De quoi nous hypnotiser, tout en nous donnant le goût de danser, comme les protagonistes, jusqu’à la mort.


Hereditary – Ari Aster

5 ★ Hereditary – Ari Aster

(127 minutes – États-Unis)

Je crois que je comprends maintenant ce que les gens ont vécu lorsqu’ils ont vu The Exorcist de William Friedkin en salle en 1973. J’ai rarement été autant terrifié durant un film, j’en avais presque les larmes aux yeux. Le lendemain des funérailles de la grand-mère, la fille (Toni Collette, in-cro-yable) se met à sentir la présence de sa mère dans la maison. Ce n’est que le début d’une suite d’événements inquiétants et menaçants envers tous les membres de la famille. Ari Aster a compris que de faire sursauter son auditoire comme dans 90% des films d’horreurs commerciaux n’est pas réellement effrayant. Il vient nous chercher émotionnellement et par les tripes, toujours à un poil du traumatisme. On se souviendra longtemps du tic de langue de la plus jeune, des cauchemars horrifiants et enflammés et de la grandiose et terrible finale. À glacer le sang.


Phantom Thread – Paul Thomas Anderson

4 ★ Phantom Thread – Paul Thomas Anderson

(130 minutes – États-Unis, Royaume-Uni)

Qu’est-ce qu’on ne ferait pas par amour? Une omelette aux champignons sauvages, peut-être? Celui qui nous a offert le magnifique et bizarroïde Punch-Drunk Love nous revient avec un autre film d’amour atypique. Daniel Day-Lewis (toujours au sommet de son art, et qui incarne supposément son dernier rôle au cinéma) joue ici un couturier renommé et talentueux des années 50 qui tombe en amour – ou plutôt se sent maudit – par Alma, brillamment campée par Vicky Krieps. Comme pour You Were Never Really Here, la somptueuse bande sonore est signée Jonny Greenwood et on se demande encore comment elle n’a pas été gagnante aux derniers Oscars. Paul Thomas Anderson filme avec hyper précision et une rare beauté celle qui deviendra à la fois sa muse et son pire ennemi, tout ça dans un 35mm granuleux à souhait. Un petit bijou malsain.


Roma – Alfonso Cuarón

3 ★ Roma – Alfonso Cuarón

(135 minutes – Mexique, États-Unis)

Après l’excellent et l’impressionnant Children of Men et l’immense film à budget et à grosses pointures Gravity, on était loin de se douter qu’Alfonso Cuarón retournerait à ses racines en tournant un film en noir et blanc, au Mexique, en langue originale, avec des non-acteurs et une trame de fond hyper simple. Le récit se place dans le début des années 70, où l’on suit la vie de Cléo, la femme de ménage (et nounou) d’une famille blanche dont le couple est chambranlant. Tourné avec un souci de réalisme qui dépasse presque l’entendement, Roma ne peut que marquer les esprits et émouvoir profondément. L’histoire peut sembler simpliste, mais détrompez-vous : la vie nous apporte toujours son lot de surprises, et c’est le cas avec ce film grandiose où l’amour est plus fort que tout. Certaines scènes sont littéralement à couper le souffle tellement elles sont exécutées avec autant de réalisme, d’émotion et de brio –  les scènes de la plage et celle de la manifestation de El Halconazo (et de ce qui suit) seront à jamais gravées dans ma mémoire. J’emprunterai donc, pour clore mon appréciation, les mots justes du critique cinéma de La Presse, Marc-André Lussier: «Roma est à pleurer de beauté».


First Reformed – Paul Schrader

2 ★ First Reformed – Paul Schrader

(113 minutes – États-Unis, Royaume-Uni, Australie)

Ethan Hawke livre – selon moi – sa meilleure performance à vie dans ce drame magnifique et tortueux relatant le désespoir d’un prêtre face à sa vie, au monde moderne et à la présente crise environnementale. Le rythme du récit est très lent, devenant presque un film de transe, à la manière (et avec certains clins d’œil) à l’excellent Journal d’un curé de campagne de Bresson. Cela vous prendra donc probablement un peu de patience, et peut-être même un deuxième visionnement, mais je vous assure que le jeu en vaut la chandelle (ou le Pepto-Bismol). Ne serait-ce que pour la scène surréaliste avec Amanda Seyfried ou pour la poignante finale, ambiguë certes, mais ô combien magnifique.


You Were Never Really Here – Lynne Ramsey

1 ★ You Were Never Really Here – Lynne Ramsay

(89 minutes – Royaume-Uni, France, États-Unis)

Ce film est un coup de poing. Une expérience viscérale et sombre où la tension est à couper le souffle (pun un peu intended). L’incroyable réalisation de Lynne Ramsay est détaillée et précise, parsemée de flash-backs – déroutants au départ – mais qui deviennent de plus en plus précis, jusqu’à nous dévoiler (ou nous faire comprendre) de façon astucieuse une autre narration, un autre pan de l’histoire. Joaquin Phoenix nous offre encore une fois une interprétation géniale et nuancée dans le rôle d’un ancien vétéran hanté par ses démons, qui se dévoue désormais à prendre soin de sa mère vieillissante et à sauver des fillettes tombées dans les griffes des réseaux de prostitution juvénile. La bande-sonore de Jonny Greenwood (Radiohead), jonglant avec les cordes, mais aussi avec l’électro et les guitares tordues est digne de mention pour sa juxtaposition parfaite avec le récit et les tableaux quasi-expressionnistes. La pièce d’intro (Tree Synthesisers) et celle de fin (Tree Strings) sont particulièrement magnifiques, émouvantes et nous transportent dans un mood indescriptible de beauté. La cinématographie est somptueuse et malgré la noirceur du propos, You Were Never Really Here est parsemé de moments de grâce et de beauté qui n’épargneront personne (…avec un marteau).


*Mentions spéciales*

First Man – Damien Chazelle : pour son portrait sombre, mais humain et réaliste de Neil Armstrong. Étouffant et époustouflant.

Mandy – Panos Cosmatos : pour cette folle virée hallucinante mettant en vedette Nicolas Cage et la dernière bande sonore (terrifiante!) du génie Jóhann Jóhannsson (RIP).

BlackKklansman – Spike Lee : pour l’importance du propos, pour son humour désopilant et pour certaines scènes qui marqueront l’histoire du cinéma.

Won’t You Be My Neighbor? – Morgan Neville : pour m’avoir fait découvrir Fred Rogers, cet homme exceptionnel qui a ouvert les horizons de tant d’enfants depuis la fin des années 60 avec son émission éducative Mister Rogers‘ Neighborhood.

First Man – Damien ChazelleMandy – Panos CosmatosBlackKklansman – Spike LeeWon't You Be My Neighbor? – Morgan Neville


*Films que j’ai aimés, mais que je digère encore*

  • Madeline’s Madeline – Josephine Decker
  • Suspiria – Luca Guadagnino
  • The House That Jack Built – Lars von Trier
  • Under the Silver Lake – David Robert Mitchell

*Grandes attentes, grandes déceptions*

  • Sorry to Bother You – Boots Riley (intéressant, mais la fin est too much)
  • Boy Erased – Joel Edgerton (pas émouvant du tout)
  • Un Couteau dans le Cœur – Yann Gonzalez (trop kitsch et moyennement intéressant)
  • Lizzie – Craig William Macneill (ennuyant et trop classique)

Voir toutes les bandes-annonces:

 

*Pour les cinéphiles plus gourmands, voici aussi la liste de tous les autres films de l’année que j’ai pu voir, mais qui ne se sont pas taillé de place dans le palmarès. Les bons coups sont indiqués en gras.*

One Cut of the Dead (Shin’ichirô Ueda), Eight Grade (Bo Burnham), Black Panther (Ryan Coogler), Lean on Pete (Andrew Haigh), Fleuve noir (Erick Zonca), A Quiet Place (John Krasinski), Ocean’s Eight (Gary Ross), Isle of Dogs (Wes Anderson), Shoplifters (Hirokazu Kore-eda), Dogman (Matteo Garrone), Beautiful Boy (Felix van Groeningen), Cold War (Paweł Pawlikowski), Game Night ( John Francis Daley et Jonathan Goldstein), Annihilation (Alex Garland), Incredibles 2 (Brad Bird), Thoroughbreds (Cory Finley), Happy End (Michael Haneke), Au poste! (Quentin Dupieux), Un beau soleil intérieur (Claire Denis), Bird Box (Susanne Bier), The Ballad of Buster Scruggs (Ethan et Joel Coen), Disobedience (Sebastián Lelio), Design Canada (Greg Durrell), Wild Wild Country (Chapman et Maclain Way), Three Identical Strangers (Tim Wardle).

 

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Antoine Proulx

designer graphique. fanatique de musique, de cinéma et d'art/ design/ mode. je vis pour du vin, du café et Thom Yorke. ☺✌

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