Danse – Rencontre avec les chorégraphes de (CO) + Le facteur humain

De la danse, on ne connait souvent que le résultat: la présentation sur scène. Hors, construire un spectacle de danse est un processus long et évolutif!

À trois semaines de leur première, je suis partie à la rencontre de Evelyne Laforest et Rémi Laurin Ouellette, deux jeunes chorégraphes qui présenteront à Tangente Le facteur humain, duo dans lequel ils seront également interprètes, et (CO), une pièce fondée sur le mouvement et élaborée pour six danseuses.

(CO)-Photo Christine Daigle : Interprète Vickie Grondin

Dans (CO) et Le facteur humain, vous travaillez sur le mouvement, la « physicalité ». Pouvez-vous m’en dire plus?

E – On est partis d’une recherche physique sur le mouvement et on s’est rendus compte qu’il y avait beaucoup de sens qui en ressortait. À partir d’une recherche purement gestuelle simple main – pied – pied – main (NDLR: elle bouge au sol ses mains et ses pieds pour illustrer son propos), beaucoup d’émotions et de symboles peuvent émerger. On trouve que le corps parle tellement… On laisse le corps parler et l’inconscient s’exprimer. On préfère créer de cette manière plutôt que de partir d’un concept, puis de trouver des mouvements qui le symbolisent.

R – On est définitivement plus physiques qu’intellectuels. Inconsciemment il y a peut-être un refus du courant qui a commencé dans les années 2000 (ces créations intellectualisées avec peu de mouvement). Même s’il y a plein d’affaires qu’on admire dans cette tendance, on se ne situe pas là.

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Quel est votre rapport avec le public?

R – On veut trouver une espèce d’universalité. On ne veut pas tout expliquer au public : on veut lui ouvrir des portes pour qu’il fasse son chemin à lui et puisse voir ce qu’il veut.

E – Je crois que le public est beaucoup plus intelligent que les créateurs… il peut voir beaucoup de choses, au-delà de ce qu’on avait en tête.

R – On tend des perches et les gens en font ce qu’ils veulent!

D’où ça vient, cette envie de mouvement?

R – C’est instinctif. Quand j’étais petit, je courais partout, je jouais dans les arbres… j’ai tout le temps aimé bouger. J’étais un enfant hyperactif.

E – Pareil pour moi! C’était vraiment intense entre la gymnastique rythmique et le cirque…

Dans (CO), vous êtes à la fois chorégraphe et interprètes, mais dans Le facteur humain, vous ne dansez pas : n’est-ce pas frustrant?

E – Non pas du tout, au contraire! Ça nous permet de prendre du recul.

R – Je dois avouer qu’il y a quelque chose de satisfaisant à pouvoir être assis et à ne pas avoir à penser au prochain muscle que tu vas devoir bouger. On peut enfin se concentrer sur le fil conducteur…

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Pour cette pièce justement, vous travaillez avec six interprètes. Comment avez-vous pu, si jeunes, avoir cette chance?

R – On a recruté les interprètes grâce au projet Fly de l’École de Danse Contemporaine de Montréal : chaque année, il permet à six jeunes danseurs diplômés de prendre part à un stage de création rémunéré.

E – C’était vraiment impressionnant pour nous! Aux auditions on s’est mis au fond de la pièce. Certaines performances, surtout dans les solos, étaient super touchantes. On avait les larmes aux yeux.

Est-ce que les interprètes ont une grande part de liberté dans votre processus de création?

R – Pour moi c’est la base du travail chorégraphe/interprète. Si tu rigidifies les choses pour l’interprète, OK il va le faire, mais tu n’auras pas vu tout le champ des possibilités. On lance la balle, ils nous la relancent… Et au final on fait les choix.

E – Au bout des deux premières semaines, on était dans le chunk du travail physique. On avait transmis ce qu’on voulait grossièrement sans poésie et sans choix artistique, puis on s’est retrouvé avec tout ce matériel. On était fascinés mais on ne se trouvait pas à la hauteur! On s’est demandé ce qu’on devait faire… C’est à ce moment-là qu’Élise (un interprète) nous a dit : « Je peux tu dire quelque chose? ». Nous on ressentait le besoin de devoir leur donner des orientations, mais ça a déclenché une dynamique d’échange et on a commencé à les intégrer d’avantage.

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Est-ce que le travail avec les interprètes les a révélées?

E et R – Ah oui totalement! Elles ont vraiment évolué! Certaines nous ont tellement surprises par leur sensibilité au cours du processus créatif…

Vous avez donc un rôle d’orientation?

R – On a créé une structure, puis on leur a transmise avec certains paramètres, et on leur a demandé de jouer là-dedans. On a ensuite fait du ménage dans ce qui nous intéressait. Il faut qu’elles soient capables de vibrer dedans car au final c’est elles qui portent la pièce!

E – Et des fois, on intervient sur des mini détails techniques qui nous semblent importants.

Quand savez-vous que votre création est finie?

E – J’ai l’impression qu’on cherche toujours à faire la même pièce avec des thématiques différentes, des envies, et des challenges différents.

R – C’est comme en musique: le 1er album, 2me album etc…

E – On se dit jamais: « Mais d’où tu sors ça?! ». Il n’y a pas vraiment de reset complet. Il y a plein de choses qu’on travaille maintenant et qui ne seront pas abouties dans la pièce, mais qui vont évoluer dans la prochaine création.

R – Et là on est en plein dedans!! On est dans le gras. On joue avec les morceaux de casse-tête… Et il faut qu’on se branche car on a une date de show programmée. Mais c’est là que la magie se passe aussi…

Merci! On a vraiment hâte de voir le résultat!

(CO) + LE FACTEUR HUMAIN

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    Quand : Jeudi 26, vendredi 27, samedi 28 novembre – 19h30, dimanche 29 novembre – 16h
    Combine : Prix régulier: 23$, second billet régulier: 20$, étudiants: 19$
    Où : Monument-National, 1182 Boul St-Laurent, métro St-Laurent

Crédit photo : Tangente, © Danny Willems, © Mathieu Doyon (Via Quebec Danse), Rémi Laurin-Ouellette

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Sonia Reboul

Française plus très fraichement débarquée au Canada, amoureuse de culture expérientielle, sensible aux arts visuels, interactifs, et en mouvements (et instagrameuse à mes heures perdues).

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