Exposition – Coup de foudre chinois à l'Arsenal: révolte, censure et séduction

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Pour les Occidentaux que nous sommes, l’intérêt pour l’art contemporain chinois tient d’un curieux mélange entre fascination et plaisir visuel. Depuis les vingt dernières années, cet art révolté, censuré, voire même interdit en terres chinoises, connaît un essor incroyable sur la scène internationale. Il aura fallu peu de temps pour que Montréal s’amourache de ces artistes dissidents et de leurs créations chocs et ludiques. Cette année, L’Arsenal, espace évènementiel autant que diffuseur de l’art contemporain local et international, suit la vague et nous présente dans sa nouvelle salle d’exposition permanente Coup de Foudre Chinois/Like Thunder Out of China. Treize artistes contemporains chinois et 44 oeuvres peuplent ce paysage créatif qui prête au voyage et au questionnement politique.

Gare aux initiés

L’expo est politisée, c’est évident. À moins d’être un spécialiste du fait chinois, certaines clés sont nécessaires pour dévérouiller et bien saisir le message et la portée de ces oeuvres abordants des enjeux politiques et sociaux avec un angle parfois subtile. Heureusement, quoiqu’avec quelques semaines de retard, des cartels explicatifs ont été installés pour accompagner les oeuvres et guider leur propos. L’exposition nous dévoile des toiles monumentales et attrayantes ainsi que des photographies à l’esthétique impeccable (notamment celles de l’artiste Han Bing) qui, paradoxalement, traitent de sujets assez graves et complexes. C’est le cas de l’artiste Chang Lei qui nous présente une série d’huiles sur toiles dont l’une représente un homme nu, dressé sous la menace d’un éléphant, Sanguinolency of Chinese Civilisation no. 2 (2012). L’éléphant, un motif récurent dans son travail, est en Chine un symbole du pouvoir communiste et de l’oppression du gouvernement. Il représente cette chose que tout le monde voit mais dont personne n’ose parler.

Zhang Huan, My Boston, 2005

Zhang Huan, My Boston, 2005

Coup de coeur

La documentation photographique d’une performance de l’artiste Zhang Huan intitulée My Boston 1 (2005). Incontestablement, sur le plan visuel, c’est une oeuvre puissante et magnifique. Là où sa pratique devient franchement intéressante, c’est en s’attardant à ce que l’artiste en dit sur son site web. Zhang Huan, figure souvent associée à l’esthétique de l’extrême, attache étonnamment cette oeuvre à un court texte expliquant sa relation avec la lecture, chose qu’il n’a jamais aimé par faute de ne pouvoir se concentrer sur cette activité trop passive à son goût. Par exemple, il écrit:

« I tried many different ways to keep myself awake and concentrate. For example, I would bite my hands, stab my flesh with a pen, and in winter I would dunk my head into a pot of freezing cold water. I couldn’t help it, I would forget what I read immediately, so I read again and I still can’t remember, not to mention I couldn’t understand it at all. »

« J’ai tenté différentes tactiques pour me garder éveillé et concentré. Par exemple, je me mordais les mains, m’enfonçait un crayon dans la peau et en hiver, je plongeais ma tête dans un bol d’eau glacée. Mais je ne pouvais m’en empêcher, j’oubliais immédiatement ce que je lisais, alors je relisais mais je ne pouvais toujours pas m’en rappeler,  sans oublier de mentionner que je ne saisissais pas tout.  » (traduction libre)

Miss Mao No. 3, Gao Brothers, 2006

Miss Mao No. 3, Gao Brothers, 2006

En plus d’être franchement risible, ce court texte donne à l’oeuvre un sens totalement différent en positionnant soudain l’artiste comme maître de tous ces livres qui lui résistent depuis trop longtemps.

Coup de grâce

Pour finir, impossible de passer à côté de l’oeuvre des célèbres Frères Gao. Cette oeuvre, interdite d’exposition en Chine, trône fièrement en plein milieu de l’espace d’exposition et nous montre le dirigeant chinois affublé de seins énormes et le sourire aux lèvres. Avec cette oeuvre irrévérencieuse qui fait de Mao un hybride entre Minnie Mouse, Pamela Anderson et Pinocchio, les Frères Gao pulvérisent le mythe du grand chef et détournent la fonction propagandiste de l’art vers une avenue humoristique. L’art se fait arme de discréditation et de souveraineté idéologique. Gageons que cette image marquera l’imaginaire collectif de la communauté internationale (et des autorités chinoises) encore longtemps.

L’Arsenal

2020 rue William / Griffintown

  • mardi : de 10 h à 18 h
  • mercredi : de 10 h à 18 h
  • jeudi : de 10 h à 18 h
  • vendredi : de 10 h à 18 h
  • samedi : de 10 h à 17 h

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Article: Milly Alexandra

Images: L’Arsenal et The Gazette

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Milly Alexandra
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