Exposition – La Divine Tragédie de Céline B. La Terreur, entre féminité et drame iconique

Querelles relance sa section Expositions pour guider vos relents muséaux au travers de ces galeries, musées et centres d’artistes montréalais qui font de notre métropole le cœur artistique de la province; une ville créative riche en culture et en expositions. Entre Griffintown, le Mile-End et le centre-ville, suivez le guide!

Pour ces jours où le temps morne fait émerger nos envies de cocooning plutôt que nous inspirer une « tournée d’expo’‘, le Belgo, espace culturel du centre-ville où des dizaines de galeries et centres d’artistes ont élus domicile, devient le one-stop-shop d’expos contemporaines qui sauve la mise. Milly, notre nouvelle chroniqueuse culturelle, s’est arrêtée à la galerie Joyce Yahouda!

Jusqu’au 16 février 2013, l’artiste montréalaise Céline B. La Terreur présente un solide solo, La Divine Tragédie: La Tour. La tour, c’est celle qui surplombe son jardin, celle qu’elle voit tous les jours. Cette tour qui autrefois faisait partie de l’Hôpital Saint-Jean-de-Dieu (plus connu aujourd’hui sous le nom ‘’Louis H. Lafontaine’’) et qui dans les années 1940-1950 abritait les Orphelins de Duplessis. Interpellée en tant que mère et femme par la troublante histoire de ces enfants faussement déclarés malades mentaux, La Terreur fait des recherches et s’intéresse de plus en plus à cet événement tragiquement marquant pour l’histoire du Québec. Ces découvertes deviendront la source première d’inspiration pour cette exposition, mais ce sont les réflexions de l’artiste qui s’y mêlent qui rendent le tout franchement intéressant. Pour cette artiste engagée qui le plus souvent se met en scène dans des oeuvres vidéos, picturales ou des performances dont la symbolique est en lien avec sa condition de femme, il s’agit d’un adroit mélange entre elle-même et la mythologie d’un lieu, ce dernier lui inspirant sa propre mythologie personnelle.

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S’approprier l’histoire

Ce qui frappe en premier, c’est une œuvre vidéo choc de l’artiste qui démontre l’horreur engendrée par ces internements injustifiés au moyen d’images d’archives qui s’entremêlent à une séquence où l’artiste, devant son miroir, rase sa propre chevelure. Il en ressort quelque chose de glauque, une mise à nu brutale de par son son statut femme, mais aussi parce que ces mêmes cheveux sont intégrés plus ou moins subtilement à la quasi-totalité des sculptures et installations de l’exposition. En regardant de plus près, on constate qu’un mince fil d’Ariane juxtapose les œuvres, que chaque objet révèle son sens en rapport à un autre et qu’ainsi l’artiste amène lentement le visiteur à une multitude de questionnements et d’interprétations.

«Miroir, qui est la plus belle ?»

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Ce qui m’a captivé et intrigué, c’est la vision noire, dangereuse ou du moins éphémère de la féminité qui semble avoir inspiré l’artiste. En créant ses œuvres à partir de bijoux, d’os, de dents, de fleurs fanées, de coffres et de miroirs, La Terreur utilise une panoplie d’objets symbolisant la finitude de l’être humain, sa mort, sa vanité. Sur son blogue, dans un message en lien avec cette exposition, l’artiste explique sa relation ambigüe avec la beauté physique et parle de celle-ci comme d’une beauté «très fragile, qui ne dure pas». Un message fort qui donne à l’exposition une atmosphère envoutante presque palpable, remplie des réflexions de l’artiste autour de l’idée du jardin secret de la femme, ses fantaisies, ses craintes et sa sensibilité. À noter dans l’expo:  des citations d’Anaïs Nin, figure emblématique de l’univers féminin, de la création mythique et artistique du moi, aussi une des mes idoles. Source de biais pour ma part, mais  que voulez-vous, on ne peut être 100 % objectif tout le temps.

 

Coup de coeur pour les toiles de grand format à l’encadrement massif et atypique. Je pense à un autoportrait (Protectrice des Femmes, 2012) où La Terreur se dépeint armée, rasée et en robe blanche tenant un nourrisson, où on peut lire une inscription proclamant l’artiste comme protectrice des filles-mères et des orphelins. Une belle réinterpréation du rôle du cadre ornementé dans la mise en scène du portrait.

Dans une installation mettant en scène une robe blanche entourée de roses, de chandelles et de muguet, La Terreur explore une idée plus pure et virginale de la féminité. Chaque samedi cette robe prend vie dans une performance de l’artiste, où cette dernière se place en état de transe hypnotique et devient, pour quelques heures, partie intégrante de l’installation. Fidèle à ses réflexions l’artiste incarne, littéralement, cet état d’intériorité féminine qui se reflète dans l’exposition et à travers son œuvre. Bref, une expo à voir, qui nous présente des thèmes qui, à défaut d’être innovateurs, sont intemporels et toujours aussi fascinants.

Article: Milly Alexandra

Images: Joyce Yahouda

http://www.joyceyahoudagallery.com
http://www.laterreur.com

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Milly Alexandra
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