COLLECTIONNER – Quand les collectionneurs s’exposent

Dimanche dernier se terminait Papier 12, une foire d’art contemporain éphémère campée à la Place des Arts. Une belle occasion de rencontrer les plus grands galeristes de Montréal et du reste du Canada, de se laisser tenter par une première acquisition ou de simplement se plonger dans l’univers de l’art contemporain canadien. Vous avez manqué l’évènement ou êtes restés sur votre faim? Pas de panique, le réseau Accès culture propose, avec la série COLLECTIONNER, neuf expositions montées par des collectionneurs privés qui exhibent leurs plus belles pièces au grand public. Depuis le 13 mars et jusqu’au 17 juin, c’est l’occasion de contempler des collections exclusives regroupant des thématiques et esthétiques variées faisant écho à la personnalité unique de leur propriétaire. Il réside en cette initiative majeure un intérêt pour l’accessibilité de l’art, surtout québécois, et pour une mise en scène curatoriale très personnelle. Rien n’est plus intime que de s’immiscer dans l’imaginaire conscient et inconscient d’un particulier qui a su donner écho à ses conceptions du monde au travers de l’art.

 Il réside en cette initiative majeure un intérêt pour l’accessibilité de l’art, surtout québécois, et pour une mise en scène curatoriale très personnelle.

LA COLLECTION BRANCHÉE DE M. TREMBLAY – MAISON DE LA CULTURE FRONTENAC (Jusqu’au 22 avril)

La semaine dernière, nous sommes allés faire un tour à la maison de la culture de Frontenac pour épier une collection singulière, abondante et touchante qui regroupe des artistes québécois incontournables. Pas hasard et par chance, nous avons eu droit à une visite guidée par le collectionneur lui-même. Un véritable coup de cœur à voir absolument – et vite en plus, puisque l’exposition se termine le 22 avril!

Pour M. Tremblay, «[l]’art visuel se révèle un lieu privilégié». Collectionner est un mode de vie, une manière de s’approprier son environnement et les idées d’artistes inspirants.

Alain Tremblay, professeur d’éthique et culture religieuse au secondaire et collectionneur téméraire et passionné, se porte garant du rôle de commissaire de son exposition. Puisque c’est aussi toute la pertinence de l’évènement que de laisser transparaître la personnalité, les goûts et les humeurs du propriétaire, et que l’ensemble forme un tout surprenamment cohérent. Indubitablement, une force commune transcende chaque œuvre et fait converger la collection vers des thématiques et des représentations récurrentes. Ici, les thèmes de la nature humaine et de l’aliénation, de la violence et de la spiritualité, de l’inconscient et de le l’absurdité des inégalités émergent avec panache.

Sur les 150 œuvres qu’il possède, 139 œuvres sont exposées. La peinture et la photographie dominent -Patrick Bernatchez, Marcelle Ferron, Sophie Jodoin, Chloé Lefebvre, Marc Séguin, Max Wyse, Serge Lemoyne-  bien que quelques sculptures, dont celles de Yannick Pouliot -marquantes- occupent l’espace. Son dixit est simple : «Je collectionne l’art par amour, par conviction par passion». Et ça se ressent.

Pour M. Tremblay, «[l]’art visuel se révèle un lieu privilégié». Collectionner est un mode de vie, une manière de s’approprier son environnement et les idées d’artistes inspirants: «Vivre avec des œuvres se révèle une grande joie au quotidien. Je me sens privilégié.» Son choix de vendre son Alpha Romeo il y a plusieurs années pour s’acheter des œuvres d’art semblait une idée bien folle pour certain, mais «[il] éprouve un sentiment de liberté à acheter de l’art». C’est le privilège de la tradition, de l’héritage; c’est s’offrir une perspective sur la réalité, s’approprier les réflexions des autres. Comme le dit M. Tremblay: «Ces peintures, dessins, gravures, photographies et sculptures interpellent ma perception du monde. L’art se fait ainsi témoignage. »

Cette exposition personnalisée sur l’art actuel d’ici se révèle propice à une appréciation divergente de l’expérience plus institutionnelle que l’on endosse dans les musées d’État dits « académiques ». On se laisse envoûter par la personnalité de chaque œuvre et ce qu’elles peuvent représenter pour un individu qui cohabite au quotidien avec un toile troublante et mouvante de Marc Séguin, qui les expose dans un salon ou dans une chambre à coucher.

2550 rue Ontario, en face du métro Frontenac (vérifiez les horaires sur www.accesculture.com)

N.B: Alain Tremblay est présent les samedis et dimanche de 14 h 30 à 17 heures. On vous suggère fortement de profiter de sa présence fort sympathique!

Image de couverture: Yannick Pouliot – Empire : possessif (2007)
Photo : Hélène Robert (Les Galeries de l’Ancien Collège des Jésuites)

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Catherine Martel

Éditrice en chef et co-fondatrice de Querelles, je suis une accro assumée de beau et de bon! Avec un background en histoire de l'art et un pied dans une agence créative, le contenu inspiré ponctue mon quotidien. Suivez-moi sur Instagram! @CatMart

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